VI.2. Fondement scripturaire d’une typologie des « deux familles » de « l’Israël de Dieu »

VI.2.1. Dans le Nouveau Testament

– Jésus était juif, né d’une femme juive, Marie ; il a fondé son Église sur douze apôtres, tous juifs, et il a lui-même déclaré n’avoir été envoyé « qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Mt 15, 24). Les documents fondateurs de cette Église : la Bible et les apocryphes, sont juifs. Le Nouveau Testament lui-même atteste qu’

« une multitude de prêtres obéissaient à la foi » (Ac 6, 7).

Les disciples de Jacques – dont on sait l’attachement aux pratiques juives – déclaraient à Paul (Ac 21, 20) :

« Tu vois combien de milliers de juifs ont embrassé la foi et ce sont tous de zélés partisans de la Loi ».

– Et même Paul, le juif hellénisé, n’hésitera pas à prouver sa fidélité aux pratiques juives, comme l’atteste le récit suivant (Ac 21, 21-24) :

« À ton sujet, ils ont entendu dire que, dans ton enseignement, tu pousses les Juifs qui vivent au milieu des païens à la défection vis-à-vis de Moïse, leur disant de ne plus circoncire leurs enfants et de ne plus suivre les coutumes, Que faire donc ? Assurément la multitude ne manquera pas de se rassembler, car on apprendra ton arrivée. Fais donc ce que nous allons te dire. Nous avons ici quatre hommes qui sont tenus par un vœu. Emmène-les, joins-toi à eux pour la purification et charge-toi des frais pour qu’ils puissent se faire raser la tête. Ainsi tout le monde saura qu’il n’y a rien de vrai dans ce qu’ils ont entendu dire à ton sujet, mais que tu te conduis, toi aussi, en observateur de la Loi. « 

– Le même Paul témoigne de sa stricte fidélité aux pratiques juives (Ac 26, 4-5) :

 » Ce qu’a été ma vie depuis ma jeunesse… tous les Juifs le savent. Ils me connaissent de longue date et peuvent, s’ils le veulent, témoigner que j’ai vécu suivant le parti le plus strict de notre religion : en Pharisien. « 

– Il évoque aussi le thème, si juif, des douze tribus, qui, dit-il (Ac 26, 7),

« rendent un culte à Dieu avec persévérance, nuit et jour ».

– L’adresse de la Lettre de Jacques utilise la même typologie (Jc 1, 1) :

« Jacques, serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus Christ, aux douze tribus de la Dispersion, salut ! ».

– Selon le Livre de Ben Sira, ce n’est ni symboliquement, ni au ciel, comme l’affirment la majorité des interprètes chrétiens, qu’elles seront reconstituées, mais sur terre, aux temps messianiques, témoin cette formulation prophétique du rôle eschatologique d’Elie (Si 48, 10):

« Toi [Elie] qui fus désigné dans des menaces futures pour apaiser la colère avant qu’elle n’éclate, pour ramener le coeur des pères vers les fils et rétablir les tribus de Jacob » [1].

– Quant à l’Évangile selon Matthieu, il relate ce propos de Jésus à ses apôtres (Mt 19, 28) :

« Vous siégerez, vous aussi, sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël. »

– Enfin, selon l’Apocalypse, même les perspectives eschatologiques s’articulent autour de cette notion de tribu ; en effet, la Jérusalem qui descend du ciel (Ap 21, 12)

« est munie d’un rempart de grande hauteur, pourvu de douze portes près desquelles il y a douze Anges et des noms inscrits, ceux des douze tribus des fils d’Israël« .

 

VI.2.2. Dans le Premier Testament

Ézéchiel avait annoncé l’unité eschatologique du peuple de Dieu, en ces termes (Ez 37, 16-28) :

« Et toi, fils d’homme, prends un morceau de bois et écris dessus : Juda et les Israélites qui sont avec lui. Prends un morceau de bois et écris dessus : Joseph, bois d’Ephraïm, et toute la maison d’Israël qui est avec lui. Rapproche-les l’un de l’autre pour faire un seul morceau de bois ; qu’ils ne fassent qu’un dans ta main. Et lorsque les fils de ton peuple te diront : Ne nous expliqueras-tu pas ce que tu veux dire ? Dis-leur : Ainsi parle Dieu L’Éternel : Voici que je vais prendre le bois de Joseph, qui est dans la main d’Éphraïm, et les tribus d’Israël qui sont avec lui, je vais les mettre contre le bois de Juda, j’en ferai un seul morceau de bois et ils ne seront qu’un dans ma main. Quand les morceaux de bois sur lesquels tu auras écrit seront dans ta main, à leurs yeux, dis-leur : Ainsi parle Dieu L’Éternel : Voici que je vais prendre les Israélites parmi les nations où ils sont allés. Je vais les rassembler de tous côtés et les ramener sur leur sol. J’en ferai une seule nation dans le pays, dans les montagnes d’Israël, et un seul roi sera leur roi à eux tous ; ils ne formeront plus deux nations, ils ne seront plus divisés en deux royaumes. Ils ne se souilleront plus avec leurs ordures, leurs horreurs et tous leurs crimes. Je les sauverai des infidélités qu’ils ont commises et je les purifierai, ils seront mon peuple et je serai leur Dieu. Mon serviteurDavid régnera sur eux ; il n’y aura qu’un seul pasteur pour eux tous ; ils obéiront à mes coutumes, ils observeront mes lois et les mettront en pratique. Ils habiteront le pays que j’ai donné à mon serviteur Jacob, celui qu’ont habité vos pères. Ils l’habiteront, eux, leurs enfants et les enfants de leurs enfants, à jamais.David mon serviteur sera leur prince à jamais. Je conclurai avec eux une alliance de paix, ce sera avec eux une alliance éternelle. Je les établirai, je les multiplierai et j’établirai mon sanctuaire au milieu d’eux à jamais. Je ferai ma demeure au-dessus d’eux, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Et les nations sauront que je suis L’Éternel qui sanctifie Israël, lorsque mon sanctuaire sera au milieu d’eux à jamais. »

C’est, semble-t-il, cet accomplissement eschatologique qu’entrevoyait l’apôtre Paul, et qu’il résumait dans cette magnifique formulation, mystique et christologique à la fois, qui pourrait bien constituer la charte et les arrhes mêmes de la réalisation de l’unité entre les deux parties de son peuple, dont les chrétiens croient que le Christ l’a réalisée par avance en sa personne, et qu’il l’a scellée de son sang (Ep 2, 12-18) :

« Rappelez-vous qu’en ce temps-là vous étiez sans Christ, exclus de la cité d’Israël, étrangers aux alliances de la Promesse, n’ayant ni espérance ni Dieu en ce monde ! Or, voici qu’à présent, dans le Christ Jésus, vous qui jadis étiez loin, vous êtes devenus proches, grâce au sang du Christ. Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux [peuples] n’a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine, cette Loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix : en sa personne il a tué la Haine. Alors il est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin et paix pour ceux qui étaient proches : par lui nous avons, en effet, tous deux en un seul Esprit, libre accès auprès du Père [2]. ».


  1.  L’hébreu (d’après un manuscrit très ancien, trouvé dans une Gueniza *), est légèrement différent : "Toi dont il est écrit que tu es prêt pour le temps [fixé], à faire cesser la colère avant [son] déchaînement, à ramener le coeur des pères aux fils, à établir les tribus de Jacob".
  2.  Les théologiens chrétiens ont ici du grain à moudre. On remarquera l’accent trinitaire de cette formule.

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