VIII.1. L’État d’Israël presque universellement discrédité et objet des pires calomnies

Bien que ce livre soit destiné en priorité à des chrétiens, et que sa visée soit majoritairement spirituelle, la démarche adoptée ici oblige à examiner brièvement l’attitude politique et idéologique, presque universellement hostile, des nations envers Israël. Sans entrer dans les détails du conflit communément appelé palestino-israélien, et des responsabilités respectives des parties, force est de prendre acte des violentes critiques, voire des condamnations sans appel dont sont l’objet, de toutes parts et même de pays qui se prétendent alliés d’Israël, ce qu’on a coutume d’appeler « la politique » d’Israël – taxée d’ »oppressive », de « discriminatoire », voire de « ségrégationniste » -, et « l’occupation » de territoires que se disputent les deux peuples ; l’une et l’autre réputées empêcher les Palestiniens qui y vivent de créer l’État indépendant auquel ils aspirent.

Caractériser ainsi la posture d’Israël, et spécialement, sa détermination (« son entêtement criminel », selon ses ennemis), à ne pas renoncer si facilement – en particulier pour des motifs de sécurité -, à des pans entiers de son antique patrie, occupés, conformément aux lois de la guerre, suite à l’offensive militaire dont il a été l’objet, en 1967, de la part de trois nations arabes voisines – lui vaut la haine de ses ennemis défaits sur le champ de bataille, mais aussi la répulsion consensuelle de nombreuses autres nations, pour des raisons idéologiques, dont je dirais, paraphrasant l’apôtre Paul, qu’elles « ont les apparences de la bonté, mais renient ce qui en fait la force » (2 Tm 3, 5). Il convient de s’interroger sur les motivations de cette solidarité accusatoire.

Nous vivons à une époque de sacralisation du respect des droits de l’homme. En soi, ce n’est pas une mauvaise chose. Le problème est que le traitement réservé aux contrevenants varie grandement selon leur puissance militaire, leur richesse financière, leurs ressources économiques, et même – paramètre de plus en plus dominant dans les dernières décennies -, la menace, militaire et/ou terroriste, qu’ils représentent. Dans cette configuration, ce n’est un mystère pour aucune personne honnête que les droits de l’homme, érigés pour la circonstance en pierre de touche de la moralité humaine et de la respectabilité politique, sont, en fait, instrumentalisés sous différentes formes pour décrier, voire mettre hors-la-loi tous pays, État, organisation, ou groupe humain, réputés y porter atteinte. En bref, ce qui aurait pu constituer un idéal hautement respectable, est souvent devenu une arme idéologique fatale, braquée sur quiconque est réputé coupable d’avoir enfreint gravement les droits de l’homme et commis des « crimes de guerre ».

Force est de constater, toutefois, qu’il est utopique de prôner l’égalité de traitement des contrevenants, en cette matière comme en d’autres. Dans un passé plus ou moins récent, des nations et des grandes puissances ont violé gravement – et, pour certaines, continuent à le faire – les droits de peuples et de groupes humains divers, perpétré des massacres de masse, déplacé d’énormes groupes de populations, spolié et exploité des centaines de millions de gens, sans payer le prix que ses ennemis entendent faire payer à Israël, pour des infractions beaucoup plus modestes, discutables et sans aucune commune mesure avec l’outrance paranoïde d’actes d’accusation, dont le moins qu’on puisse en dire est que leurs attendus sont outrageusement arbitraires et violent sans vergogne les droits de la défense.

En outre, pour peu que les anciens prévaricateurs soient restés, ou devenus « grands et considérés » (La Fontaine), leur position de force les met à l’abri des critiques, même les plus méritées. C’est ainsi que des pays comme la Chine, la Somalie, la Birmanie, le Soudan, Cuba, la Syrie, l’Iran, la République Démocratique du Congo, pour ne citer que ceux qui défrayent la chronique en ce moment, commettent des exactions de grande magnitude, auprès desquelles celles qu’on reproche à Israël, apparaissent comme minces. Et pourtant, nul ne peut l’ignorer, c’est l’État juif que les nations mettent sur la sellette en permanence et à propos duquel il semble qu’il n’y ait pas de mots assez violents, d’expressions assez assassines, pour décrier ses actions politiques et surtout militaires.

Les deux reproches majeurs adressés à Israël, de manière lancinante, sont d’occuper des terres dont il a spolié les légitimes propriétaires – les Palestiniens -, et de faire, « au prétexte » de se défendre, un usage excessif et barbare de la force à l’encontre d’un peuple pacifique et désarmé. Outre que ces accusations, disproportionnées par rapport à la réalité des faits, ne sont jamais contrebalancées, comme le voudrait l’équité, par l’évocation des attaques et attentats fréquents dont Israël est victime, il n’en faut pas plus pour être traduit au « tribunal des peuples ». Par cette expression, j’entends : tout tribunal national dans le monde, qui se déclare universellement compétent [1] pour instruire des plaintes de cette nature, généralement déposées par des ONG de défense des droits de l’homme, dont la principale activité est la chasse à l’homme israélien, spécialement le militaire, réputé « criminel de guerre », pour le seul fait d’avoir exercé son droit à l’autodéfense, et qui est présumé coupable, sur la foi d’accusations le plus souvent exorbitantes et impossibles à vérifier, et considérées comme indiscutables parce que portées par des témoins considérés comme des ‘victimes’, statut qui interdit à quiconque de mettre en doute leur parole.

La campagne de dénigrement d’Israël et de calomnies tous azimuts à son encontre, en cours depuis quelques années, a atteint son apogée depuis l’offensive de l’armée israélienne à Gaza [2] ; elle vise à mettre l’État juif au ban de l’humanité. Le philosophe juif, Shmuel Trigano, a donné à ce phénomène le nom fort pertinent de « pogrom médiatique ». Il écrit [3] :

« Nous touchons là à l’essence de la violence perpétrée sur la personne d’Israël. Elle est vertueuse ! Plus le souci des « enfants » et des « civils » est « disproportionné », plus fort et radical est le coup (symbolique) porté. Plus Israël est stigmatisé et diabolisé. Pour des motifs humanitaires ! Le coup est ainsi moral et « clean », car il frappe « à côté ». L’iconisation quasi religieuse des enfants-victimes vise à la déshumanisation des Juifs. Les téléspectateurs savent tout de telle ou telle famille palestinienne, dont on leur raconte l’histoire humaine, très humaine. Ils savent tout des blessés, des enfants. Mais rien des individus israéliens, de leurs enfants, de leurs femmes, de leurs blessés. On ne voit sur les écrans que des tanks, des soldats, une armée. La société israélienne n’existe pas dans le regard des médias. »

De plus une nouvelle offensive, redoutable par ses répercussions, est menée contre Israël : l’utilisation du droit comme arme de guerre [4]. Avant d’y revenir plus en détail, dans un chapitre spécifique, en voici une brève présentation.

« L’ancien général américain et juge militaire, Charles Dunlap, en a nommé le résultat lawfare : « utilisation du droit comme arme de guerre ». Dunlap entendait par là montrer essentiellement comment des acteurs non étatiques, plus faibles, cherchaient à bénéficier d’un avantage moral en déclarant que des crimes de guerre ont été commis par l’armée d’État, plus puissante ; mais l’État peut, lui aussi, recourir à l’offensive par le Droit (lawfare) »

Comme dit plus haut, ce type d’action est surtout le fait de personnes privées agissant principalement au sein de Think Tanks (laboratoires d’idées) et d’Organisations Non Gouvernementales (ONG), et ayant des buts et des ordres du jour idéologiques et/ou politiques, le plus souvent anti-israéliens [5]. À l’inverse des lobbies, qui ciblent majoritairement les décideurs, les ONG s’adressent à ce qu’il est convenu d’appeler la « société civile » (pour la distinguer des instances de l’État). Elles agissent surtout par la publication d’études, de rapports et d’articles, généralement rédigés par des spécialistes du sujet traité, et intelligemment diffusés parmi l’élite intellectuelle et politique, avec des « viviers » particulièrement réceptifs, tels les membres de l’Union Européenne et d’autres institutions. Certaines ont des budgets conséquents, parfois obtenus de l’Union Européenne. Et, bien entendu, elles ont pour vitrine un ou plusieurs sites Web, toujours remarquablement bien tenus, voire attractifs.


  1. Sur base de la loi dite de "compétence universelle". La compétence universelle est, en droit, la compétence exercée par un État qui poursuit les auteurs de certains crimes, quel que soit le lieu où le crime a été commis, et sans égard à la nationalité des auteurs ou des victimes ; voir, entre autres : Irit Kohn , "Prévenir les abus de la compétence universelle en matière de crimes de guerre".
  2. Rappelons que la bande côtière de Gaza a été intégralement évacuée par Israël entre juin et septembre 2005, ce qui n’a pas empêché le Hamas de continuer à bombarder les localités israéliennes voisines, dont Sdérot (11 000 roquettes et missiles Qassam, entre janvier 2001 et octobre 2008). Excédé, l’État israélien a lancé une partie de son armée dans une offensive militaire appelée, non sans emphase, par la presse, "Guerre de Gaza" ; l’opération a duré 22 jours (du 27 décembre 2008 au 17 janvier 2009 et fait entre 1 000 (sources israéliennes) et 1 500 morts (sources palestiniennes). Depuis, Israël est en proie à la vindicte des Organisations Non Gouvernementales, qui parlent de massacre et de crimes de guerre. C’est le cas du rapport d’Amnesty International, et surtout du Rapport Goldstone. Voir, entre autres, "Les conclusions du Rapport Goldstone confrontées aux constatations factuelles".
  3. Consulter : Shmuel Trigano, "Le concept de pogrom médiatique".
  4. Voir Charles Dunlap, "Lawfare amid warfare", Washington Times, 3 août 2007) ; sur ce thème, consulter, entre autres : Eyal Weizman, "Offensive par le Droit à Gaza", et "La guerre par le droit : la cible israélienne".
  5. Voir, entre autres : "350 ONG déposent plainte contre Israël pour crimes de guerre" ; G.M. Steinberg, "Les ONG sont en guerre avec Israël".

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