VIII.2. La « guerre par le narratif », nouvelle forme de négationnisme historique et de diabolisation politique

Incapables, jusqu’ici, de vaincre Israël sur le champ de bataille, ou de le démoraliser par le terrorisme le plus barbare, les dirigeants arabes et palestiniens ont de plus en plus recours aux vieilles méthodes soviétiques de déstabilisation et d’intoxication des esprits. Le but recherché est de subvertir l’opinion publique en rendant l’adversaire odieux. On le pousse à la faute, en l’exaspérant par un harcèlement incessant sur tous les fronts : politique, diplomatique, juridique, médiatique. Confrontés à un peuple dont l’histoire ancienne, incontestable et massivement documentée, se déroula sur les lieux même qu’on lui dispute aujourd’hui, et qui ne cessa jamais, au fil des siècles, de témoigner, dans sa littérature sacrée et profane, et dans ses prières, d’un attachement indéfectible à cette terre, et d’exprimer sa nostalgie d’y revenir un jour, ses opposants arabes étaient conscients qu’il leur faudrait déployer une énorme énergie et recourir à tous les moyens, fût-ce les plus violents et les plus déloyaux, pour inverser la tendance qui fut longtemps favorable aux pionniers juifs d’abord, puis à l’État d’Israël, jusqu’au désamour, initié en 1967 par le Général de Gaulle, et qui n’a fait que s’aggraver depuis, au point de confiner à la haine. Ils n’ont épargné aucun effort, ni reculé devant aucun moyen pour parvenir à leurs fins.

Profitant du désenchantement éprouvé par les nations européennes à l’égard de la petite nation qui les avait tant impressionnées, à ses débuts, par son courage et ses prouesses militaires, économiques, sociales et technologiques, et dont, au fil des décennies, ils ne comprenaient plus, et même réprouvaient l’énergique attitude d’autodéfense, les pays arabes et, plus récemment, les dirigeants palestiniens ont entrepris de discréditer définitivement l’État juif et de l’isoler de ses anciens alliés, espérant qu’il lui arrive ce qui s’est produit en Afrique du Sud, où la minorité blanche, lâchée par toutes les nations, ou presque, a dû se résoudre à céder le pouvoir à la majorité noire. Malgré l’inadéquation criante du parallèle, c’est ce modèle qu’à la suite d’une propagande acharnée, presque universellement relayée par les manipulateurs du culte des droits de l’homme, les ennemis d’Israël sont parvenus à agiter, tel un chiffon rouge devant un taureau en rage, au nez d’une opinion publique mal informée et incapable de comprendre la complexité du monde et de la mentalité arabo-musulmans, en général, et, en particulier, la situation géopolitique précaire d’un Israël en danger existentiel depuis sa naissance, cerné qu’il est par ses ennemis sur le mouchoir de poche territorial qui lui sert de patrie sans frontières reconnues.

Dans leur volonté farouche de dénier aux juifs tout titre historique à une quelconque souveraineté sur la moindre parcelle du territoire, appelé par eux Palestine, les idéologues et dirigeants palestiniens, arabes et musulmans, n’ont de cesse de nier les évidences historiques les plus indiscutables, quand elles sont favorables aux juifs, et de réécrire l’histoire pour la faire cadrer avec leur version nationaliste et en persuader le monde. Selon le Professeur G.M. Steinberg, c’est une véritable guerre consistant à ressasser inlassablement un « narratif », ou version de l’histoire, avantageuse pour le peuple palestinien – décrit comme faible et démuni et érigé en paradigme de la victimisation face à un « occupant » disposant d’un armement sophistiqué – et ruineuse pour la réputation du peuple israélien [1]. Il s’agit d’une reconstruction mémorielle ayant pour but d’accréditer une version des événements, favorable à la cause qui inspire cette réécriture de l’histoire, et qui discrédite brutalement la version de l’adversaire. Dans cette configuration idéologique, les faits sont sujets à une réinterprétation qui n’est souvent qu’une falsification grossière.

C’est le cas en particulier du lien établi, d’autorité, par le narratif palestinien, entre la création de l’État d’Israël et la Shoah. L’historien Georges Bensoussan en a fait magistralement justice [2] :

« L’horreur de la Shoah a-t-elle joué un rôle dans le vote de l’ONU du 29 novembre 1947 en faveur du partage de la Palestine ? », se demande le présentateur de l’ouvrage de Bensoussan [3].

Il répond par le substantiel exposé suivant :

« Bien des observateurs considèrent que ce vote a été dicté par la compassion des nations pour les persécutions subies par le peuple juif. Cela n’est pas prouvé : Georges Bensoussan rappelle l’abstention de la Grande Bretagne et le fait qu’aucune des nations participant au vote ne se sentait responsable des crimes nazis. Et de citer l’historien : « Toute chronologie est jugement. Se limiter aux années 1945-1948 pour comprendre la naissance de l’État d’Israël, c’est établir entre le génocide et la refondation de l’État juif un lien de causalité qui semble aller de soi. » C’est en ces termes que l’auteur nous invite à prendre la question plus en amont, avant 1940, à une période où le Yichouv [population juive de l’époque du Mandat britannique] avait déjà créé l’essentiel des infrastructures du futur État, une administration, une industrie, une agriculture en plein essor et une armée organisée qui a pu triompher de la coalition arabe en 1948. [Selon Bensoussan], si la Shoah a pu accélérer la naissance de l’État juif, elle l’a privé de ses réserves démographiques : perte immense, coup presque mortel pour le sionisme. Et l’on est amené à évoquer ce qu’aurait pu être un État d’Israël renforcé par le soutien des communautés disparues, les descendants des six millions de juifs assassinés entre 1941 et 1945. Pour Georges Bensoussan, en définitive, la destruction des juifs d’Europe a failli compromettre la naissance d’Israël et encore aujourd’hui ses effets négatifs sur l’État juif persistent : « La Shoah ne crée pas l’État d’Israël, elle en parasite la naissance, au contraire, et l’existence et le sens, jusqu’à aujourd’hui encore. » »

De son côté, le Professeur Gerald M. Steinberg, déjà cité, s’intéresse surtout à la genèse et aux motivations idéologiques de la « guerre par le narratif ». Il fournit plusieurs exemples des stéréotypes mensongers véhiculés par le « narratif » palestinien [4] :

« Suite à l’échec de l’invasion de 1948, qui avait pour but de détruire l’État juif naissant, les dirigeants arabes se lancèrent dans une tentative massive de réécrire les événements. Le processus se renouvela en 1967, quand les initiatives du président égyptien Gamal Abdel Nasser pour effacer Israël de la carte furent transformées en une « guerre contre l’occupation ». En ressassant les mythes et les slogans un nombre suffisant de fois, et à l’aide de la richesse pétrolière, de l’intimidation et du terrorisme, cette stratégie a progressivement réussi. La guerre par le narratif… commence par la falsification de l’histoire couvrant la période du Mandat, depuis la Déclaration Balfour jusqu’au Plan de partition de 1947. Cette version dépeint Israël comme un « projet de colonisation » juive, imposé aux Arabes par l’antisémitisme européen et la culpabilité de l’Holocauste… Le violent rejet arabe de la proposition de « deux États pour deux peuples », et le refus continuel d’accepter un État juif, quelles qu’en soient les frontières, disparaissent de ces histoires. Dans ce narratif, les Palestiniens sont toujours, par définition, d’innocentes victimes, et Israël est décrit comme un agresseur puissant et manipulateur. Les réfugiés des guerres déclenchées par les Arabes sont devenus l’objet d’une sympathie mondiale, garantie par un système de soutien international avec d’énormes budgets qui renforcent le récit. L’agence de Secours et de Travaux des Nations Unies [en anglais, UNRWA], qui « commémore ses 60 années » d’existence, garantit la perpétuation de la haine. Par contre, le nombre – presque égal [à celui des réfugiés palestiniens] – des réfugiés juifs qui ont fui les attaques arabes, a disparu des livres d’histoire : les réfugiés juifs ne cadrent pas avec le narratif [palestinien]. A Jérusalem, la guerre par le narratif a adopté la version arabe, qui élimine 3 000 ans d’histoire juive, ainsi que l’occupation et les profanations [arabes] systématiques de la période 1948-1967. L’Union Européenne alloue de grosses sommes d’argent à des organisations comme Ir Amim et B’Tselem, qui élaborent leurs rapports tendancieux, lesquels sont reproduits et publiés par la Commission Européenne pour encourager la diabolisation d’Israël. La guerre par le narratif est responsable des campagnes de boycott à l’encontre des universités israéliennes, d’une campagne immorale d’Amnesty International pour empêcher Israël d’obtenir des armes nécessaires à sa défense, et des cas de « guerre juridique » qui profitent des systèmes judiciaires d’Espagne, de Grande-Bretagne et d’ailleurs, pour renforcer les images de la victimisation palestinienne et des crimes de guerre israéliens… [Le] rôle essentiel [des] guerres par le narratif… est de ruiner la légitimité de la souveraineté nationale juive. Sur ce front, les armes principales sont la rhétorique des droits civiques et les images d’Afro-Américains, ainsi que de Sud-Africains noirs qui ont été victimes des cruautés de la ségrégation. Mais les analogies avec ces situations sont totalement rétrogrades ; en réalité, ce sont les Palestiniens qui nient et s’efforcent de détruire l’autodétermination juive. Les ONG financées par l’Europe, de même que les donateurs, bien intentionnés mais médiocrement informés, du New Israel Fund, sont particulièrement actifs sur ce front de la diabolisation d’Israël. « 


  1. Gerald M. Steinberg, "Reprise du narratif"; sur la notion de "narratif", voir l’exposé de haut niveau du Dr Raphaël Lellouche.
  2. Georges Bensoussan, Un nom impérissable, Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d’Europe, 2008, dont une présentation est en ligne sur le site debriefing.org.
  3. Je cite ici la présentation en ligne, de l’ouvrage, par Paul Benaim, pour Guysen International News.
  4. Voir note 1, ci-dessus, et "Le financement européen de la guerre du narratif".

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