VIII.4. La « guerre par le droit international » instrumentalisé pour diaboliser l’armée de défense d’Israël

On n’entrera pas ici dans les détails des guerres conventionnelles gagnées par Israël : Guerre d’Indépendance (1948-1949) ; Campagne du Sinaï (1956) ; Guerre des Six-Jours (1967), Guerre du Kippour (1973) ; ni dans ceux des opérations militaires plus restreintes (Opérations au Liban, en 1982 et 2006, et à Gaza, fin 2008-début 2009) ; ni enfin dans ceux des deux Intifadas (insurrections) de 1987 et 2000. Si les guerres conventionnelles évoquées n’ont pas valu à Israël d’avanies judiciaires sérieuses, il en a été tout autrement pour les opérations militaires subséquentes au Liban, suite au massacre de Sabra et Shatila qui, bien que perpétré par les Phalanges chrétiennes, a valu à Ariel Sharon plusieurs tentatives d’inculpation pour crime de guerre [1]. Et même des interventions militaires de répression de soulèvements armés, relativement limitées dans les Territoires palestiniens, par exemple, à Jénine, en 2002, ont donné lieu à de graves accusations de massacres et de crimes contre l’humanité [2].

Sans faire le panégyrique de l’armée israélienne, plus connue sous son sigle familier de Tsahal (Tsva Haganah Leyisrael : Armée de Défense d’Israël), les spécialistes de la chose militaire qui ne sont pas aveuglés par les préjugés s’accordent à reconnaître que cette armée populaire fait preuve d’un professionnalisme et d’une éthique exemplaires. Ce qui ne veut pas dire qu’aucun comportement répréhensible n’existe en son sein, mais, contrairement à ce que disent les ennemis irréductibles d’Israël, les attitudes déviantes sont sévèrement réprimées et punies.

L’opération militaire contre Gaza a illustré ces qualités. Exceptionnelle à plus d’un titre, par sa violence, sa complexité, l’affrontement avec un ennemi sans respect pour les lois de la guerre – qui n’hésite pas à prendre les civils comme boucliers humains, et tente par tous les moyens de pousser son adversaire à la faute, en lui tendant des pièges et en combattant en zone habitée, pour provoquer un maximum de pertes de vies innocentes dans la population – cette opération militaire, mondialement décriée, a mis en exergue la moralité foncière du comportement de l’armée israélienne et son souci exceptionnel de la sécurité des civils.

Dans le déchaînement universel des médias et des ONG pro-palestiniens, une seule voix militaire non juive s’est élevée pour rendre justice à l’éthique militaire israélienne. Ancien colonel dans l’infanterie britannique, cet officier sait de quoi il parle. Le portrait saisissant qu’il brosse des conditions concrètes du combat, et l’empathie dont il fait preuve pour celui qu’ont mené les officiers et les soldats de Tsahal en zone urbaine, affrontant un ennemi félon et cynique qui s’abrite derrière les populations civiles et manipule la presse en se plaignant d’être victime de prétendus crimes de guerre, restera classique. En témoigne cet extrait [3] :

« Il y a un autre problème que rencontre Tsahal et auquel les [soldats] Britanniques n’ont pas à faire face avec la même virulence. Il s’agit du préjugé automatique, pavlovien, qu’ont en commun beaucoup de médias du monde entier ainsi que de nombreuses organisations des droits de l’homme, selon lequel Tsahal a nécessairement tort et viole les droits de l’homme.
Examinons un peu les efforts de Tsahal à Gaza pour respecter les lois de la guerre. A chaque fois que c’était possible, Tsahal donnait à la population au moins quatre heures pour partir avant l’attaque d’un lieu ciblé. Les pilotes des hélicoptères d’assaut, qui avaient pour tâche de détruire les rampes de lancement mobiles du Hamas, avaient totale discrétion pour ne pas procéder à une frappe si elle présentait trop de risques de pertes civiles. De nombreuses missions qui auraient pu toucher les capacités militaires du Hamas ont été annulées à cause de cela.
Durant le conflit, Tsahal a permis l’entrée à Gaza d’une énorme quantité d’aide humanitaire. Ce genre de tâche est considéré par les tacticiens militaires comme risqué et dangereux, même dans de bonnes conditions. Mettre en place des opérations qui apportent de l’aide dans les mains mêmes de l’ennemi est normalement totalement impensable pour un tacticien militaire. Tsahal a pourtant pris ces risques.
Dans les dernières phases de l’opération « Plomb Fondu », Tsahal a unilatéralement annoncé un cessez-le-feu quotidien de trois heures. Tsahal a envoyé plus de 900 000 tracts prévenant la population des attaques, afin que les civils puissent quitter les zones concernées. Une escadrille entière a été mobilisée pour cette tâche. Ces tracts demandaient également à la population de téléphoner pour donner des informations sur les combattants du Hamas pour permettre d’épargner des vies innocentes.
Tsahal a averti par téléphone plus de 30 000 foyers palestiniens pour les prévenir, en arabe, de quitter les endroits où le Hamas avait pu cacher des armes, ou avait l’intention de livrer des combats. Les mêmes messages en arabe ont été diffusés à la radio israélienne pour prévenir la population des opérations en cours.
Malgré ces mesures exceptionnelles initiées par Israël, des civils innocents ont été tués ou blessés. C’est, bien sûr, le fait des conditions propres au combat dont j’ai parlé, mais surtout, ces pertes sont l’inévitable conséquence des tactiques de combat du Hamas. Par ces actions et bien d’autres mesures importantes prises durant l’opération Plomb Fondu, Tsahal fait plus qu’aucune autre armée dans l’histoire de la guerre, pour sauvegarder les droits des civils dans une zone de combat. »

Nous vivons à une époque très différente de celle où ont été rédigées les règles du droit international et celles de la guerre [4]. Sans aller jusqu’à parler d’une indifférence aux atteintes aux droits élémentaires des personnes, surtout en période de conflits, le souci qu’on en avait, au début du XXe siècle, et même au-delà, était très loin d’atteindre l’importance extrême accordée, de nos jours, au droit humanitaire, plus couramment dénommé « droits de l’homme » [5].

En soi, rien là que de très éthique, si ce n’est qu’au fil des ans et sous les coups de boutoir de l’esprit partisan, surtout pro-palestinien, les droits de l’homme sont devenus une espèce de religion laïque confinant à une néo-Inquisition au jugement de laquelle il ne fait pas bon d’être confronté. Les excès auxquels a donné lieu ce véritable « culte », ont d’ailleurs fini par lui valoir le sobriquet sarcastique et polémique de « droit-de-l’hommisme ».

Mais ce qui caractérise la forme partisane et accusatrice de zèle pour le droit humanitaire – « opposable », en quelque sorte, à l’État d’Israël, pour sa gestion estimée discriminatoire voire pire, par ses ennemis, de la « question palestinienne » -, c’est le manteau de moralité dont elle se drape.

Parmi les penseurs qui ont le mieux analysé cette caricature de la justice et de l’altruisme, le philosophe Shmuel Trigano, mérite une place de choix. Je cite ici un extrait de la présentation d’un de ses ouvrages [6] :

« Ce sont de vertueux esprits qui font entre eux assaut d’éthique pour fustiger le « péché ori­ginel » d’Israël et les tares des communautés juives. C’est tout à fait nouveau sur le plan historique, car l’inimitié envers les Juifs se justifiait autrefois, certes, en termes moraux mais ceux-ci épousaient la doctrine ou l’idéologie alors domi­nantes. Aujourd’hui, ce sont les arguments de la morale démocratique ou de la morale tout court, non entachés d’idéologie, qui sont invoqués pour condamner et délégitimer le sionisme, l’État d’Israël ou la communauté juive.
Ils sont au fond en accord avec l’étrange idéologie dominante de notre temps : le droit-de-l’hommisme. Son étrangeté découle de ce que les valeurs démocra­tiques ont été instrumentalisées pour servir les intérêts de pouvoir et d’in­fluence de ceux, affairistes politiques individuels ou groupes (minoritaires), qui les invoquent. Les valeurs se sont vues idéologifiées [sic] sans être recouvertes de concepts. C’est une idéologie qui semble vide et creuse. Les acteurs poli­tiques qui s’en recommandent poussent donc leurs pions au nom de la morale la plus pure.
C’est sans doute une situation nouvelle. La morale y est irrémé­diablement corrompue car les méfaits se commettent en son nom, sans même une mise en scène idéologique. C’est ce qui explique pourquoi la figure du Juif, si est elle dépeinte négativement, l’est en fonction de valeurs morales, ce qui n’attente pas formellement et immé­diatement à son essence directement. Ce n’est pas parce que la condition juive est en elle-même mauvaise – quoique la délégitimation d’Israël, du fait de son « péché originel » (l’« injustice » faite aux Palestiniens) l’implique -, c’est parce que les Juifs transgressent les valeurs les plus sacrées de la morale qui a sur­vécu aux turpitudes meurtrières du XXe siècle. Le nouvel antisémitisme peut donc bien s’accompagner d’une quelconque célébration des Juifs ou plutôt de certains Juifs, d’une certaine figure des Juifs. Pas de « Juif Suss », de « déicide », de falsificateurs de la parole divine, etc… – moralité oblige – mais la compassion pour les victimes de la Shoah, devenue le sésame-ouvre-toi de la bonne conscience… »

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que ce soient les forces de l’ordre (armée et police) – auxquelles la loi confère le droit d’utiliser la force – qui concentrent sur elles l’essentiel de la critique et de la réprobation internationales. Le nombre de méfaits, majoritairement imaginaires, qu’on leur attribue est incroyable ; la nature des accusations qu’elles essuient est le plus souvent exorbitante, la vedette étant tenue par celle qu’on lit ou entend à satiété : « crime de guerre » [7].

A lui seul, ce thème mériterait une étude monographique. Rappelons que, pour qu’un comportement militaire soit qualifié de « crime de guerre », au sens pénal du terme, il faut qu’il ait été volontaire, prémédité, commis avec une intention délibérée (quels qu’en soient le motif ou la justification). Alors que, dans leur quasi-totalité, les prétendus « crimes », imputés à Israël, ne sont, en fait, que des « bavures », ou, comme on dit en langage technique, des « dommages collatéraux », causés accidentellement et sans intention de nuire. Or, toutes les actions offensives et défensives de l’armée israélienne sont décrétées « brutales » et « disproportionnées ». En outre, étant donné l’extrême médiatisation de notre société, en général, et du conflit israélo-palestinien, en particulier, le procès qu’on intente à Israël est public et s’apparente souvent plus à un lynchage qu’à une critique digne de ce nom. Et même s’il est patent qu’il n’a aucune valeur juridique ni pénale, il n’en cause pas moins des dégâts irréversibles à l’image de l’État d’Israël et de son armée de défense, outre que, à l’instar de ce qui s’est produit dans les années 30, en Allemagne, il reste toujours quelque chose des calomnies incessantes émises à l’encontre d’une partie spécifique de l’espèce humaine, et on sait à quelles horreurs ont mené ces campagnes.

Il va sans dire que les dénégations et les explications de l’armée et du pouvoir politique israéliens, même étayées de preuves indéniables, ne sont pratiquement jamais considérées comme crédibles. A l’inverse, les récits des « témoins », et les « rapports » des ONG pro-palestiniennes, si sujets à caution soient-ils, sont valorisés de manière excessive, et souvent même élevés au rang de preuves « indéniables », voire « accablantes ». Ils sont d’ailleurs avidement « avalés » par la presse internationale, et leur diffusion – qui s’apparente à un matraquage, voire à un lavage de cerveaux – est pour beaucoup dans la détérioration de la réputation d’Israël, ainsi que dans l’affaiblissement de sa posture morale et de sa crédibilité dans les instances internationales. Rares sont les courageux qui osent ramer à contre-courant [8].

Quels que soient les torts réels éventuels de cet État si calomnié – y compris par une instance internationale, dont le rôle est précisément de flétrir une telle injustice [9]–, la diabolisation indéniable dont il est l’objet, au point de le pousser à la paranoïa [10], devrait poser question aux consciences droites, surtout les chrétiennes, dont on n’entend, hélas, que fort peu la voix. Je reviendrai sur ce point important, dans ma Conclusion.


  1. En vertu de la Loi sur la compétence universelle: "La compétence universelle est, en droit, la compétence exercée par un État qui poursuit les auteurs de certains crimes, quel que soit le lieu où le crime a été commis, et sans égard à la nationalité des auteurs ou des victimes" (Wikipédia). Son application a donné lieu a bien des abus (voir Irit Kohn, Prévenir les abus de la compétence universelle en matière de crimes de guerre), et parfois prêté le flanc au ridicule (voir La "compétence universelle", une farce ?).
  2. Lire, à ce sujet, l’analyse de Martin Sieff, "Le Mythe du massacre de Jénine".
  3. Colonel Richard Kemp (CBE), "Le droit international et les opérations militaires sur le terrain". 
  4. Voir l'article Droit de la guerre (Wikipédia).
  5. Voir "Droit international humanitaire" (Wikipédia).
  6. Shmuel Trigano, Le nouvel Antisémitisme. Vers une modélisation.
  7. Voir entre des dizaines d'autres l'article du site HonestReporting, intitulé «“Crimes de guerre” et piètre journalisme» et celui de L. Rosenblatt, «"Stratégie haute" dans la diabolisation des Juifs»; à quoi il convient d'ajouter ce dessin antisémite de la Stampa (avril 2002): « L'enfant Jésus : "Ils ne vont tout de même pas me descendre une autre fois!" », qui a soulevé l'indignation de nombreux lecteurs, amenant le journal le journal a présenter des excuses.
  8. Voir, entre autres : M. Radu, "L'abus de la cause des droits de l'homme".
  9. Il s’agit du fameux Conseil des Droits de l’Homme, devenu tristement célèbre pour son dénigrement scandaleusement systématique de l’État juif. Consulter, entre autres, Jean-Claude Buhrer, "L'ONU contre les droits de l’homme".
  10. Cf. mon article, "Singularisation négative d'Israël : la preuve par la paranoïa".

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