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VIII.6. Les excès d’un ‘philopalestinisme’ chrétien « ayant les apparences de la piété mais reniant ce qui en est la force » (2 Tm 3, 5)

C’est volontairement que j’utilise ici le néologisme « philopalestinisme » [1], pour le distinguer de la sympathie envers le peuple palestinien, ou même du préjugé favorable à son égard, l’une et l’autre étant tout à fait légitimes. Le « philopalestinisme » dont je parle est d’une autre nature. Partisan, il participe de l’inclination compassionnelle, très marquée dans le christianisme contemporain, pour les pauvres et les opprimés. Comme toutes les attitudes compassionnelles, il se caractérise par une empathie fervente avec ceux que l’on considère comme des « victimes ». Un tel sentiment serait, somme toute, acceptable, s’il ne se doublait d’une antipathie, au moins aussi ardente, pour le peuple considéré comme responsable, voire coupable, de la « détresse » des Palestiniens : Israël, bien entendu.

Comme tous les « compassionnels », les « philopalestinistes » intériorisent sans discernement le « narratif »[2] de la personne ou de la collectivité qu’ils considèrent « victimes », et il va de soi qu’ils ne veulent entendre aucune version différente des faits allégués par les Palestiniens, et en particulier, les démentis et les réfutations – même étayés d’arguments et de preuves difficilement contestables – surtout lorsqu’ils sont formulés par les instances politiques et/militaires compétentes de l’État d’Israël.

Il faut avoir fréquenté longtemps ces « apôtres » d’un nouveau genre, pour constater qu’aucun argument, fût-il sage ou humble à souhait, n’est en mesure d’atteindre la conscience et le cœur de ces « militants », murés sous la carapace de leurs certitudes. Ici, point de dialogue, ni même de discussion. On est en pleine guerre. Les « Territoires » [3]  sont l’objet de cette nouvelle croisade chrétienne. Israël est l’occupant implacable auquel il faut arracher, au besoin par la force, ce qu’il a conquis indûment par les armes, et qui est censé appartenir à la « Palestine historique » y compris Jérusalem-est (depuis peu, il n’est pas rare que la précision géographique tombe, et que l’on parle de Jérusalem, tout simplement), qui, selon ces gens, doit revenir aux Palestiniens, avec tous les lieux saints (juifs, chrétiens et arabes) qui s’y trouvent.

Ci-après quelques morceaux choisis d’une littérature, au mieux, inquiétante, au pire, délirante et meurtrière.

Le 14 décembre 2000, paraissait, dans la revue palestinienne, Intifada, une caricature représentant la Palestine sous les traits d’une jeune femme crucifiée, le flanc transpercé par une immense flèche dont la pointe affiche l’étoile de David et l’empennage, le drapeau américain ; au pied de la croix, se tiennent trois juifs bedonnants, affligés d’un nez caricatural, et la mine réjouie sous la pluie de sang, jaillie du corps de la victime. Elle illustre la « prière » blasphématoire suivante [4] :

« Mon Seigneur, le Trahi, Ô mon rayonnant maître, qui fus trahi par le méprisable baiser de trahison [juifs= Judas], descends vers nous des tours du ciel, et demande au Suprême Glorieux d’abaisser son regard sur nous […] Qu’il fasse seulement que notre jeunesse entre maintenant par la Porte de Damas [dans la Vieille Ville de Jérusalem], en chantant leurs psaumes et en parcourant la Via Dolorosa [trajet emprunté par Jésus vers le lieu de son supplice]. Mais ils ne tendront pas l’autre joue [contrairement à l’enseignement de Jésus, cf. Mt 5, 29] ; au contraire, ils arracheront la croix de leur dos [contrairement à Jésus, cf. Lc 26, 23] et jetteront à terre leurs couronnes d’épines [contrairement à Jésus, cf. Mt 27, 29]. Ils lèveront les yeux au ciel qui loue [leur Créateur] pour la gloire du liquide du cœur [de Jésus, cf. Jn 19, 34] qui lave la Via Dolorosa de la poussière des soldats [israéliens] qui marchent seuls vers le Golgotha [lieu de la crucifixion au sommet de la colline du Temple]. Alors s’élèveront de chaque ruelle les voix de la foule des vivants et les colombes et les cloches… Ô Fils de la Vierge, ils ne peuvent triompher de vous deux fois. Va [viens ?] lentement, Toi, dans l’humilité sans lumière, et puissent les anges te défendre. »

C’est un prêtre nicaraguayen, Miguel d’Escoto Brockmann, qui, lors de la Soixante-troisième session de l’Assemblée Générale de l’ONU, qu’il présidait [5], se scandalisait de ce que

« l’on continue d’insister sur la patience, alors que nos frères et nos sœurs sont crucifiés ».

Et ce « prêtre » de presser

« les Nations Unies, d’employer le terme « apartheid » pour qualifier les mesures politiques israéliennes dans les territoires palestiniens occupés. »

Sous le titre « Bethléem, une prison en territoire occupé », une revue catholique, brosse un tableau apocalyptique de la situation de cette ville, en insistant sur le fait que les « exactions » de l’ »occupant » sont la cause de la dépopulation. Extraits [6] :

« Privés d’eau, de terres et de moyens de subsistance, les Palestiniens de Bethléem étouffent derrière les murs qu’Israël persiste à ériger en toute illégalité. Tandis que sur les collines avoisinantes, de nouvelles colonies juives continuent de restreindre leur territoire. Les chrétiens en sont réduits à quitter la cité natale du Christ.
Bethléem n’est normalement qu’à 20 minutes de Jérusalem mais il faut franchir plusieurs points de contrôle pour y arriver. Des murs infranchissables enserrent insolemment les quartiers de la ville, au prix de destructions, brisant bien plus que la vue, la vie des personnes, des familles et de la société tout entière
Au centre-ville, la basilique de la Nativité est déserte, tout comme les magasins, restaurants ou hôtels, destinés aux pèlerins. Peu attirant de pénétrer dans un ghetto ! … Leila Sansour, une chrétienne d’origine palestinienne, rentrée au pays : « …Si cela continue, la chrétienté pourrait disparaître du berceau où elle est née. Non pas pour des questions religieuses – hormis quelques cas isolés -, puisque nous avons vécu pendant des siècles en bonne entente avec les Palestiniens…
Le mur, commencé en 2004, sépare déjà Bethléem de Jérusalem, la ville sœur, et des villages voisins. Le 9 juillet 2004, l’instance judiciaire des Nations Unies a déclaré la construction illégale et appelé Israël à l’arrêter immédiatement. Mais aujourd’hui encore, les bulldozers continuent impunément de dévaster et d’ériger des barrières de béton à travers les champs d’oliviers palestiniens. Les paysans se voient dépossédés ou privés de l’accès à leurs terres. Sur une colline avoisinante, les salésiens, propriétaires du domaine agricole et viticole de Crémisan, source d’emplois et de revenus pour la population locale, vont voir incessamment une partie de leur propriété passer de l’autre côté du mur et annexée de facto par les autorités israéliennes. Sans autre concertation et en violation de l’avis rendu par la Cour Internationale de Justice, soulignent les religieux. »
Commentaire du maire palestinien de la ville encerclée : « Les habitants n’ont plus qu’un seul désir : émigrer pour échapper à une mort lente ». Sans armée, sans emploi ni avenir, les jeunes n’ont que des pierres pour crier leur désespoir. David contre Goliath
Une religieuse âgée s’exclame, de guerre lasse : « Avec le mur, qui peut franchir – à temps -, les check-points [points de contrôle] pour venir à l’hôpital, assister aux enterrements ou aux mariages ou tout simplement vendre sa récolte ? Aux points de passage, des femmes enceintes ont dû accoucher, des enfants comme des adultes, dont l’état de santé nécessitait des soins urgents, sont morts parce que les militaires israéliens les ont délibérément fait attendre. Les punitions collectives, l’homme humilié, enfermé, c’en est trop ! En été, sous la canicule, nous sommes privés d’eau car elle est pompée ici pour alimenter les colonies de l’occupant. Nous devons nous contenter de nos citernes sur les toits. Nous sommes des sans-papiers : il faut sans cesse renouveler les documents. »
Découragée de voir l’une de leurs sœurs refoulée à un point de contrôle après 30 ans de résidence sur le territoire et embarquée manu militari, la nuit tombée, dans un bus vers un pays voisin, la religieuse a écrit le 6 mars dernier au délégué apostolique de Jérusalem : « Israël, avec sa toute puissance d’aujourd’hui, mais également avec sa population au passé tragique, perdrait-il toutes ses valeurs relatives au respect et à la dignité de l’homme ? Si cet État ne souhaite plus la présence de religieuses chrétiennes en Terre Sainte, qu’il le fasse publiquement et correctement savoir, mais qu’il cesse immédiatement ces traitements humiliants et non conformes aux droits de la personne. » « 

Le thème des Palestiniens comparés à la Sainte famille sous occupation romaine, est récurrent ad nauseam. Extraits [7] :

Sous un titre sans équivoque [8], “Qu’arriverait-il à la Vierge Marie à Bethléem, aujourd’hui », Johann Hari raconte « la souffrance de femmes enceintes en Cisjordanie, où des bébés meurent sans explication valable ».

« Dans deux jours, un tiers de l’humanité s’assemblera pour célébrer les douleurs de l’enfantement d’une réfugiée palestinienne à Bethléem, mais deux millénaires plus tard, dans une autre célèbre étable jonchée de décombres et sous blocus, une autre mère se retient de crier. Fadia Jemal est une femme de 27 ans aux dents espacées, arborant un sourire las et faible. « Qu’arriverait-il à la Vierge Marie si elle venait à Bethléem aujourd’hui ? Elle endurerait ce que j’endure », dit-elle. »

Et l’auteur de l’article de nous relater, en termes mélodramatiques, le récit du comportement prétendu des soldats israéliens, dont « témoigne » la malheureuse :

« « …la route était bloquée par des soldats israéliens, qui déclarèrent que personne n’avait l’autorisation de passer, et ce jusqu’au matin. « Naturellement, nous lui dîmes que nous ne pouvions pas attendre jusqu’au matin. Je saignais beaucoup sur la banquette arrière. L’un des soldats jeta un coup d’oeil sur le sang et se mit à rire. Il m’arrive encore de me réveiller en sursaut la nuit et d’entendre ce rire. C’était un tel choc pour moi. Je ne pouvais comprendre ça. » »

Bien entendu, l’enfant ne survécut pas. Le « journaliste » poursuit :

« Durant deux jours, sa famille lui cacha que Mahmoud était mort, et les médecins affirmèrent qu’ils auraient « certainement » [souligné dans le texte] pu lui sauver la vie en le mettant dans un incubateur. »

Puis il redonne la parole à la Palestinienne, qui s’engouffre dans la brèche :

« Parfois, la nuit, je crie et crie ».

Et le « journaliste » de poursuivre :

« Au cours des années écoulées, elle a été enceinte quatre fois, mais elle avorte sans cesse. « Je ne pouvais plus supporter l’idée de faire un autre enfant. J’étais convaincue que la même chose m’arriverait à nouveau », explique-t-elle. « Quand je vois les soldats [israéliens], je pense toujours : qu’est-ce que mon bébé a fait à Israël ? » Depuis l’accouchement de Fadia, en 2002, les Nations unies confirment qu’au total, 36 bébés sont morts, parce que leurs mères ont été bloquées à des points de contrôle israéliens, durant l’accouchement. Sur tout le territoire de Bethléem, dans toute la Cisjordanie, il y a des femmes dont la grossesse a été perturbée ou pire, par l’occupation israélienne de leur terre. A Salfit, de l’autre côté de la Cisjordanie, Jamilla Alahad Naim, 29 ans, qui est au cinquième mois de sa grossesse, attend la première visite médicale. « J’ai tout le temps peur », dit-elle. « J’ai peur pour mon bébé, parce que j’ai eu très peu de suivi médical et que je n’ai pas les moyens de me payer de la bonne nourriture… Je sais que j’accoucherai chez moi sans aucune aide, comme ç’a été le cas pour Mohammed [son dernier enfant]. J’ai trop peur pour aller à l’hôpital, parce qu’il y a deux points de contrôle entre notre domicile et [l’hôpital], et je sais que si on est retenu par les soldats, la mère ou le bébé peuvent mourir dehors dans le froid. Mais accoucher à la maison peut aussi être dangereux. » Selon Hindia Abu Nabah – une solide infirmière de 31 ans, qui travaille à la clinique Al Zawiya, dans le district de Salfit -, « c’est un « cauchemar » d’être enceinte en Cisjordanie, aujourd’hui. « Récemment, deux de nos patientes enceintes, ici, ont été asphyxiées chez elles par une grenade lacrymogène. Les femmes ne pouvaient pas respirer et ont accouché prématurément. Le temps que nous arrivions, les bébés étaient venus au monde mort-nés. »« 

La suite du récit insiste sur le fait qu’entre autres problèmes de santé, « 30% des Palestiniennes enceintes souffrent d’anémie. » Le mot revient à trois reprises dans un seul paragraphe. L’infirmière parle même de « désastre sanitaire ».

Le « journaliste » recueille aussi les confidences du Dr Hamdan Hamdan, directeur des services de la maternité de l’hôpital Hussein, de Bethléem, qui affirme que les femmes palestiniennes

« « ont accouché dans des conditions étonnamment similaires à celles qu’a endurées Marie, il y a 2000 ans. Elles ont mis au monde leur bébé sans médecin, sans équipement de stérilisation, sans aide en cas de complications. Elles ont été boycottées et ramenées à l’Âge de la pierre. » »

Et de relater son voyage, avec l’une des équipes volantes de Merlin – l’une des trois associations de bienfaisance, financées par l’Independent Christian Appeal – dans la région de Salfit – « balafrée par les implantations israéliennes, dont les égouts déversent leurs eaux usées sur la terre palestinienne, où il dit avoir vu « des femmes et des enfants qui s’assemblaient autour de ces implantations, avec désespoir, pour obtenir de l’aide ».

« Rahme Jima, 29 ans, est assise, les mains soigneusement croisées autour de son ventre. Elle est au dernier mois de sa grossesse, et c’est la première fois qu’elle pourra consulter un médecin depuis qu’elle est enceinte. « L’hôpital le plus proche est à Naplouse, et nous ne pouvons pas nous payer le transport pour y aller en franchissant les points de contrôle », dit-elle, révélant qu’elle envisage – en désespoir de cause – d’accoucher chez elle. Même si elle avait l’argent, dit-elle, elle « a trop peur d’être retenue au point de contrôle et d’être forcée d’accoucher là ». Elle aussi se plaint d’avoir « de l’anémie » ».

Ce « journaliste » autoproclamé décrit ensuite la détresse de ces femmes, en ces termes :

« Tous les problèmes qui affectent ces Marie du XXIe siècle défilent dans la clinique de Merlin. L’une après l’autre, des mères terrorisées se présentent aux spécialistes, ici, et s’en vont en étreignant des sachets d’acide folique, de calcium, de fer et de médicaments. »

Et pour finir :

« Penchée à l’entrée de sa clinique nue, [l’infirmière] Hindia abu Nabah s’adresse à moi : « Dites à vos lecteurs que nous avons besoin de leur aide. Il n’y a pas de fœtus du Hamas ou du Fatah. Ils ne méritent pas d’être punis. Je ne pourrais plus supporter de regarder une autre femme anémique dans les yeux et de lui dire que son bébé aura un poids insuffisant, ou une malformation, et que nous n’avons pas d’adjuvants ferreux à lui donner. Je ne peux plus me retrouver dans cette situation. Je ne peux pas. » ».

Parfois, des ecclésiastiques vont jusqu’à blasphémer non seulement les juifs, mais les Écritures elles-mêmes. Témoin cet extrait d’un article d’un jésuite suisse [9] :

« En Israël, le juif « religieux » est orgueilleux et violent ; le juif « non religieux » est arrogant et hautain. Il ne méprise pas seulement le Palestinien, il tient le chrétien pour un minable […] Comble de malheur, c’est la religion qui sert de base à un système aussi vicieux. Lorsque nous, chrétiens, nous prions bravement les psaumes, nous rendons un service « politique » aux plus durs représentants du sionisme triomphant à Jérusalem. Un exemple, tiré du psaume 9 : « mes ennemis retournent en arrière, ils fléchissent, ils périssent devant Ta face ». Magnifique, n’est-ce pas ? Une véritable prophétie sur la Guerre des Six Jours, en juin 1967, brillamment remportée par Israël sur les troupes égyptiennes, sans doute avec la bénédiction du Seigeneur. « Tu as maté les païens, fait périr l’impie, effacé leur nom pour toujours et à jamais ; l’ennemi est achevé, ruines sans fin, tu as renversé les villes, et leur souvenir a péri ». Encore une prophétie ! Qui permet à vous, chrétiens de Suisse, d’ignorer qu’Israël en toute impunité a rayé de la carte de la Palestine, depuis 1948, plus de 400 villages arabes. J’ai bien dit : rayé, rasé, brûlé, détruit jusqu’à la racine. Leurs habitants sont devenus des réfugiés errant encore entre la Syrie, le Liban, la Jordanie et les Territoires autonomes, dans l’attente d’un improbable retour sur leurs champs. Tant de misère, toute cette injustice, « par la grâce du Seigneur » ! Il y a des prières devenues imprononçables. Elles m’arrachent la langue, elles ont un goût de sang, elles insultent ma foi, elles sont une offense à Dieu. »

Lisons encore cet extrait d’une homélie d’un prêtre anglican, adepte de la Théologie (palestinienne) de la Libération [10] :

« Alors que nous approchons de la Semaine Sainte et de Pâques, la souffrance de Jésus-Christ aux mains de puissances politiques et religieuses malfaisantes, il y a deux mille ans, se manifeste à nouveau en Palestine. Le nombre de Palestiniens et d’Israéliens innocents qui ont été victimes de la politique de l’État d’Israël augmente. Ici, en Palestine, Jésus marche encore sur la Via Dolorosa. Jésus est le Palestinien impuissant, humilié à un point de contrôle, la femme tentant d’arriver à l’hôpital pour recevoir des soins, le jeune homme dont la dignité est piétinée, le jeune étudiant incapable d’atteindre l’université pour étudier, le père sans emploi qui doit trouver du pain pour nourrir sa famille ; la liste devient tragiquement plus longue, et Jésus est là, au milieu d’eux, souffrant avec eux. Il est avec eux quand leurs maisons sont bombardées par des chars et des hélicoptères de combat. Il est avec eux dans leurs villes et leurs villages, dans leurs douleurs et leurs chagrins. Dans cette période de Carême, il semble à bon nombre d’entre nous que Jésus est encore sur la croix avec des milliers de Palestiniens crucifiés autour de lui. Il faut seulement des gens dotés de discernement pour voir les centaines de milliers de croix dans tout le pays, les Palestiniens, hommes, femmes et enfants crucifiés. La Palestine est devenue un énorme Golgotha. Le programme crucificatoire [sic] du gouvernement israélien fonctionne quotidiennement. La Palestine est devenue le lieu du crâne.  »

Le 16 juillet 2000 à la Maison d’Abraham, sur le Mont des Oliviers, Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, prononça une homélie qui fut retransmise sur la chaîne de télévision française A2, au cours de l’émission « Le Jour du Seigneur ». Il y faisait un parallèle de mauvais goût entre un épisode biblique et « l’occupation militaire israélienne », non sans insister lourdement sur la non-conversion des juifs à Jésus. Extrait [11] :

« Frères et sœurs. Dans la première lecture de la prophétie d’Amos, prophète du huitième siècle avant le Christ, durant le règne de Jéroboam II, le prêtre du sanctuaire de Béthel, prêtre du roi, irrité par la prédication du prophète, le chasse loin de son sanctuaire. Béthel est aujourd’hui le quartier général de l’occupation militaire israélienne
Dans la troisième lecture, de l’évangile selon saint Marc (6, 7-12), les disciples sont envoyés par le Seigneur afin de prêcher la pénitence au peuple. Ici aussi, Jésus prévoit le refus, malgré lequel le disciple devra persévérer… Frères et sœurs, l’Église de Jérusalem porte en elle-même, dans son histoire passée et présente, le mystère de la grâce accueillie ou refusée.
Ici, le Christ, il y a 2000 ans, fut refusé. Aujourd’hui accueilli dans tant de pays et par tant de peuples, il reste refusé dans sa terre…
Les ambitions politiques doivent se soumettre à la voix des prophètes : le prêtre du roi à Béthel chassa le prophète Amos
. Le roi et son prêtre disparurent et la voix du prophète n’a cessé, aujourd’hui encore, de nous faire parvenir la voix de Dieu… »

Voici comment s’exprimait, dans un rapport récent, le secrétaire général sortant du Conseil Œcuménique des Églises (COE), à propos d’Israël [12] :

«l’occupation, associée à l’humiliation de tout un peuple pendant plus de six décennies, n’est pas simplement un crime économique et politique : tout comme l’antisémitisme, c’est un péché contre Dieu!».
« Pour bien comprendre la gravité de la construction actuelle de colonies israéliennes dans les Territoires palestiniens occupés (TPO), il faut considérer cette situation dans le contexte historique plus large des soulèvements ethniques en Palestine qui ont précédé la création de l’État moderne d’Israël. Les Israéliens appellent cela « la guerre d’indépendance » mais, pour les Palestiniens, cette période sera, à tout jamais, la nakba – la « catastrophe » – dont beaucoup se souviennent comme [d’]une forme de « purification ethnique » au cours de laquelle a eu lieu la plus importante migration forcée de l’histoire moderne… Ce que des dirigeants palestiniens appelaient, en 1948, « le racisme et la ghettoïsation des Palestiniens à Haïfa », est devenu, en ce début du 21e siècle, en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Gaza, un système complet d’apartheid avec son propre système de « bantoustans ». »

On sait la fortune du terme « apartheid », ridiculement mais mortellement appliqué à Israël, parce qu’il a « osé » mettre un mur entre ses citoyens et les terroristes qui menacent leur vie. Ce qu’on sait moins, c’est que, dès 2003, un cardinal – pourtant favorable au rapprochement entre l’Église et le peuple juif – l’avait déjà repris à son compte, dans une déclaration prononcée à Jérusalem, à l’occasion d’une ordination épiscopale [13] :

Dans tout le pays une barrière de séparation déjà longue de 150 km dessine inexorablement une géographie d’apartheid qui excite plus qu’elle ne maîtrise la violence, lacérant un tissu humain avec de graves conséquences sociales, économiques, éducatives et sanitaires.

Enfin, il est déplorable que, lors de son départ de Terre Sainte, le 13 mai 2009, le Pape lui-même ait cédé à ce comparatisme religieux de mauvais goût, dont le moins qu’on puisse en dire est qu’il témoigne d’une ignorance affligeante de la douloureuse cicatrice mémorielle laissée dans la mémoire juive par l’antijudaïsme multiséculaire de l’Église. Qu’on en juge [14] :

« Avec angoisse, j’ai été le témoin de la situation des réfugiés qui, comme la Sainte Famille, ont été obligés de fuir de leurs maisons….»

Pour percevoir le caractère dévastateur de cette analogie, il faut connaître le contexte de l’événement auquel fait allusion le pape. Il s’agit du bref récit de la fuite de la « Sainte Famille », que relate l’Évangile (Mt 2, 13) :

 » …l’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte ; et restes-y jusqu’à ce que je te le dise. Car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » « 

Message subliminal : Israël est, d’une certaine manière, Hérode redivivus [15]

Ce n’est sans doute pas ce qu’a voulu dire le pape, mais c’est certainement ce qu’auront compris les Palestiniens, surtout les chrétiens. Et on imagine sans peine la version « palestino-chrétienne » de l’accusation de déicide * que tant d’enfants juifs ont entendue dans les écoles, surtout pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce pourrait être quelque chose comme « Vous avez voulu tuer notre peuple, comme Hérode, c’est pour ça que nos parents ont fui, et vous en avez profité pour détruire nos villages et vous emparer de nos maisons ». En fait, la seconde partie de l’exclamation est déjà monnaie courante depuis longtemps. Mais l’assimilation (implicite) de l’armée de Défense d’Israël à Hérode, c’est l’inouï, la sacralisation inespérée de l’exécration palestinienne pour « l’Occupation ». On ne s’étonnera donc pas de l’amertume de certaines réactions, dont la mienne [16].

Des auteurs des propos ci-dessus[17] – préjudiciables à l’État juif et, par voie de conséquence, au peuple juif dans son entier -, j’ose dire, en reprenant les propos de Paul à l’encontre des juifs qui s’opposaient à la première prédication chrétienne (Rm 10, 2) : « Je leur rends témoignage qu’ils ont du zèle pour Dieu ; mais c’est un zèle mal éclairé. »


  1. Sur ce sujet, voir mon éditorial de janvier 2003 : "Ce 'palestinisme' qui fait peur aux Juifs".
  2. Le terme 'narratif' est utilisé dans ce livre au sens technique et politique de discours national, voire nationaliste exprimant la perception, réelle ou fantasmée d'une réalité. Voir la définition rigoureuse qu'en donne Raphaël Lellouche, À propos de l’usage du terme "narratif", calque de l’anglais "narrative".
  3. Il s'agit des territoires revendiqués comme leurs par les Palestiniens et appelés "Territoires palestiniens" ou "Territoires occupés" par les Palestiniens et leurs partisans occidentaux, tandis que les Israéliens les appellent "Territoires disputés"; voir l’article séminal de Dore Gold, « Des 'Territoires occupés' aux 'Territoires disputés' ».
  4. Cf. M. Macina, "Prière du Fatah pour la conquête palestino-chrétienne de Jérusalem".
  5. M. Macina, "Ce prêtre de l’ONU qui appelle «frères et sœurs» les Israéliens, tout en les accusant d’apartheid!".
  6. Dimanche Express, n° 16 - 20 avril 2008, p. 3 ; cf. "Incitation à la haine d'Israël dans un hebdomadaire catholique belge".
  7. En témoigne ce florilège d’articles : Larry Fata, "Comment Marie et Joseph auraient-ils franchi un poste de contrôle ?" ; "La thématique du récit chrétien de Noël au service de la diabolisation d'Israël" ; Mary Ann Weston, "Ô petit ghetto de Bethléem" ; M. Macina, "Noël pris en otage par la propagande palestinienne... Rien de neuf : petit aide-mémoire" ; B. Fauvarque, "Pour ces religieuses chrétiennes, Israël est le nouvel Hérode" ; "Propagande anti-israélienne par Évangile interposé : Marie et Joseph bloqués à un point de contrôle" ; "Jésus et Marie récupérés par la propagande palestinienne, sur le site de l’ONG War on Want", etc.
  8. J. Hari, "Appel de ‘The Independent’ : qu’arriverait-il à la Vierge Marie à Bethléem, aujourd’hui ?".
  9. A. Longchamp, jésuite, "[D'un religieux blasphémateur :] « Israël a fait taire ma prière »". Il a été suivi d’un autre article, non moins virulent, intitulé "Les Palestiniens et la punition collective" ; deux réactions : "Un éditorial choquant, réaction de l'abbé Arbez au texte blasphématoire du jésuite Longchamp" ; Meïr Waintrater, "La Shoah conjurée, le Juif criminel et le chrétien martyr".
  10. Naim Ateek, "Message de Pâques de Sabeel" (2001).
  11. "Mgr Sabbah se prend pour le prophète qui brava Jéroboam II = Israël".
  12. "Pour le Conseil Oecuménique des Églises : «l'occupation israélienne est un péché contre Dieu»".
  13. "Cardinal Etchegaray : "« Le mur dessine une géographie d'Apartheid »".
  14. "Discours du pape Benoît XVI lors de son départ des Territoires palestiniens" ; M. Macina, "Le Pape, les réfugiés et… la Sainte famille : un pacifisme irréaliste aux dépens d’Israël".
  15. Voir aussi mon article: « Israël, comme Hérode, massacre les enfants palestiniens. Une analogie chrétienne meurtrière au plus haut niveau du Vatican.
  16. Laurent Murawiec, "La Sainte Famille? Vous voulez rire ! C’est à pleurer" ; M. Macina, "En guise de cadeau d'adieu au Pape, pour l'aider à mieux victimiser chrétiennement les Palestiniens". 
  17. Il y en a bien d'autres, hélas, voir mon florilège de liens: « Diabolisation chrétienne d'Israël - Liens utiles »

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